La pétanque, une passion de jeunes

L’école de pétanque « La Boule le Pélican », dans les Bouches-du-Rhône, comptait 30 licenciés mineurs en 2016.

« Quel plaisir de voir ces ados jouer avec nous, on sent qu’ils ont ça dans le sang« , s’enthousiasme Gilbert, en faisant claquer ses boules en acier. Ça fait du bien de les voir échanger sans se disputer et décoller un peu de leurs écrans« . Le nom de son club de boulistes « La Boule Le Pélican » est floqué sur sa casquette noire. Enfoncé fièrement sur son front, le couvre-chef lui donne des airs de Fernandel. Ce retraité de 73 ans a rejoint l’école de pétanque de Pélissanne – un petit village à 45 minutes de Marseille – à sa création en 2016. Il entraîne aujourd’hui ses élèves. « Je l’ai fait pour me rapprocher de Chloé, ma petite fille de dix ans [qui prend aussi des cours de pétanque au club ndlr]« . Le grand-père pivote et pointe du doigt un lotissement à travers le grillage qui dessine les contours du terrain. « Elle est à l’école Jeanne d’Arc, à quelques pas d’ici. L’année dernière, sa classe venait une fois par semaine pour jouer aux boules avec nous ». 

L’école de pétanque est délimitée par un skate-park et un terrain de football à l’ouest. Tous deux remplis de collégiens. Au nord, un groupe de pré-ados se déhanche sur les accents latinos d’un tube de Daddy Yankee, chanteur de reggaeton. La musique rythme les tirs de boules des anciens, qui semblent s’accommoder de cette ambiance festive.

« A l’ouverture de l’école, une trentaine de gamins ont acheté la licence [qui permet de participer aux compétitions ndlr]. Je n’aurais jamais pensé qu’ils seraient aussi nombreux, raconte Claude Barbi, directeur du club. Ceux qui nous ont rejoint ont en majorité entre 7 et 10 ans, mais nous comptons actuellement 8 juniors (entre 15 et 17 ans ndlr). On voit de plus en plus de jeunes adhérer. En 2018, nous avons même eu jusqu’à 45 inscrits”, précise le soixantenaire. Les jeunes sont encadrés par quinze éducateurs, eux-mêmes diplômés par la fédération française de pétanque et de jeu provençal (FFPJ).

Retrouvez le reportage d’Elsa De la Roche :

Un passe-temps du troisième âge devenu matière scolaire

Née en 1906 à La Ciotat, la pétanque est généralement perçue comme un jeu provençal traditionnel. Un passe-temps du troisième âge. Mais aujourd’hui, elle se modernise. La FFPJ comptait 300 000 licenciés en 2019 dont 44% de plus de soixante ans et environ 8% de mineurs, selon un article du Parisien. En 2015, elle a même été introduite au programme d’EPS dans les établissements élémentaires. Cette activité permet des échanges et un rapprochement intergénérationnel, selon Michel Allari, membre du comité départemental de pétanque et jeu provençal des Bouches-du-Rhône.

Nous, les anciens, essayons de transmettre une vieille passion, des valeurs de convivialité, de partage à ces jeunes.”

Michel Allari

Aujourd’hui, les Bouches-du-Rhône dénombrent 11 000 licenciés dont 2000 jeunes de moins de 18 ans. “Ces derniers remplacent peu à peu les seniors devenus trop vieux pour participer. Mais si on veut pouvoir jouer aux boules dans trente ans, il faut que ce jeu survive. Et l’espoir est entre les mains de nos jeunes. » La FFPJ compte pour l’instant 388 écoles de pétanque. Pour appâter les enfants et les millenials, Michel Allari propose d’en ouvrir davantage et d’organiser plus de championnats interclubs « car les ados adorent la compétition« . « Le comité subventionne également les écoles du département pour que les élèves puissent adhérer à moindre coût« , ajoute le Salonais. Pour les mineurs, la licence nécessaire pour participer au championnat, coûte sept euros. La cotisation annuelle de l’école de pétanque de Pélissanne ne s’élève, elle, qu’à trente euros à l’année (le prix inclut la licence et les tenues de championnat). 

Passion communicative

Livio, 15 ans, s’entraîne à tirer sous le regard de Claude Barbi et Gilbert Lamotte, respectivement directeur et éducateur du club de pétanque ‘La Boule le Pélican’ à Pélissanne. Crédits : Elsa De la Roche

Les cours à « La Boule le Pélican » ont lieu entre 10 heures et midi, le samedi et parfois le mercredi. Un entraînement commence en général par un échauffement, et se poursuit par de petits ateliers pour apprendre aux jeunes à tirer et pointer. L’immense terrain de sable est divisé en petits rectangles, au centre desquels Claude Barbi dispose deux plots jaunes fluo surmontés d’une latte, suivis d’un cercle. Tour à tour, Dorian, Livio et Laura, tous âgés de quinze ans, y font voler leurs boules d’acier. Celles-ci se cognent dans un claquement sec. La boule de Laura vient prendre la place de celle de Dorian. C’est un « carreau ». La jeune brune, modeste, esquisse un sourire satisfait derrière une mèche de cheveux. Son camarade au visage poupon fait la moue.

Voilà deux ans que Laura s’est inscrite à l’école. Elle s’est déjà offert une place aux championnats de France 2019 à Nevers, en Bourgogne. « À la base je faisais de la danse et mes parents m’ont convaincue de m’inscrire à La Boule le Pélican, raconte la jeune fille de 15 ans. Je ne voulais pas rejoindre le club au début, mais en fait la pétanque est devenue ma passion. » Une passion communicative selon Laura, dont les amis, à force de la voir jouer, souhaitent s’essayer à la pétanque. « Cela peut paraître drôle, mais ce qui m’attirait dans la pétanque, c’était le bruit des boules qui s’entrechoquaient » confie Louis, qui fait partie du groupe des plus grands, en souriant timidement. Il a rejoint l’école cette année. Il apprécie la compagnie de ses éducateurs séniors dont « la patience, l’expérience et les conseils » l’aident à progresser. « On est tous ici pour gagner, se défoncer. Quand on joue ensemble, pour moi, on a tous le même âge ».

Alexandra Marill